Rédaction PFC: Peux-tu te présenter en quelques lignes?

Non! C’est un peu dur pour moi de m’exprimer court et exact parce que je ne parle pas souvent le Français, il faut que je trouve toujours des détours pour m’exprimer quand ce n’est pas en allemand, alors excusez-moi d’être un peu bavard maintenant, normalement je suis plus prudent avec mes mots ici en Chine et je ne parle pas trop en public.

Je suis né à Kaiserslautern en 1967 pas trop loin de la France et mon lycée proposait un choix si on veut d’abord apprendre le français ou l’anglais. J’ai choisi le Français. Comme mes parents étaient toujours en contact avec la famille dans les vignes près de Bordeaux où mon grand-père exceptionnel était traité très amicalement quand il travaillait dans cette belle campagne pour ne pas être avec tous les autres prisonniers de guerre allemands (mais c’est une autre histoire très longue).

Volker Helfrich est un comédien allemand francophone

Mes parents m’ont envoyé très tôt seul pour passer les vacances en France, et j’avais des amis à Bordeaux, en Bretagne et même à Saint-Tropez! D’abord je suis allé à Pampelonne près de Saint-Tropez avec mon copain d’école qui avait des parents très riche et après j’ai passé mes vacances chez un ami français qui vivait avec sa mère, directement au vieux port des yachts au-dessus du “Gorille” à côté du fameux bistro “SENEQUIER”. La mère avait un salon de coiffure tout petit, pas riche du tout mais c’était vraiment chouette ma puberté avec les pauvres “Tropéziens” faire du bateau 420 au club loisir des jeunes à la mini-plage de la petite ville entre les célèbres, bronze et fou, absolument formidable!

Souvent j’ai eu des mauvaises notes en Français parce que c’est vraiment dur la grammaire, et j’étais parfois très paresseux. Par exemple j’ai justement lu quelques pages de Madame Bovary, j’ai pensé que ça suffisait pour savoir l’essentiel et l’exceptionnel.

Parlons du théâtre. J’ai d’abord joué à l’école, après mon bac aussi au bon théâtre de Kaiserslautern. Mais mon plan était de faire des études de design. J’ai fait des jolies caricatures (aussi grâce à Gaston la Gaffe et les dessins de Jean-Jacques Sempé!), j’ai développé l’intérêt pour le chinois à cause des beaux caractères, et parce que la Chine était l’endroit le plus étrange et mystique dans les années quatre-vingt.

À cette époque, j’ai rencontre deux étudiants chinois plusieurs fois les dimanches à Kaiserslautern, et ils m’ont expliqué un peu sur la langue et les caractères chinois… mais mes centres d’intérêt étaient un peu trop nombreux et j’ai eu des difficultés pendant mon adolescence. L’idée de me retrouver dans le monde de la publicité si je continuais à dessiner ne m’a plus fait plaisir.

Alors j’ai changé mes plans et j’ai arrêté mes études graphique-design à Wiesbaden où j’ai trouvé une école de théâtre, petite mais renommée, où il fallait d’abord apprendre à parler l’allemand correctement. J’avais un accent palatin très fort, mais lentement j’ai fait des progrès en allemand. J’avais encore le rêve de vivre et travailler en France, c’était toujours beaucoup plus beau et moins énervant, la façon de vivre en France dans mes yeux. J’ai fait des vacances et week-end avec ma copine. Elle aimait m’écouter parler en français, même si elle n’a presque rien compris, moi parlant français l’excitait. En allemand c’était différent.

Vous voyez, encore un point important gagné par la France!

Pendant mes études de théâtre j’ai eu la chance de tourner quelques petits rôles pour la télé, et j’ai collectionné beaucoup des différentes expériences dans divers théâtres. Ma copine ne voulait pas déménager et il y avait des temps très durs aussi dans la vie privée. Je devais m’occuper d’elle. Elle n’avait pas une jolie enfance et avait développé une dépression sérieuse.

J’ai fait beaucoup de choses à la télé, pour l’industrie, parfois des pubs pour l’argent, mais le reste n’était pas bien payé… J’avais crû de pouvoir devenir un acteur sérieux comme ceux du cinéma français ou américain que j’adorais mais j’étais mieux dans les comédies, même si la vie n’était pas très rigolote…

J’ai quitté cette belle amie (maintenant mon « ex-favorite ») parce que nous ne pouvons plus être bien ensemble et heureux après quatre années très difficiles. J’ai alors rencontré une nouvelle amie complètement différente au travail dans une troupe de théâtre à Mannheim.

J’ai aussi été engagé dans des petits théâtres à Heidelberg, à Ludwigshafen, à Karlsruhe, surtout dans des comédies. J’ai aussi fait des pièces de radio, et tous ce que l’on pouvait faire dans un coin très industrialisé. J’ai aussi fait souvent des productions en dialecte, parfois j’ai eu quelques jours de tournage pour la télé, mais je n’avais pas les moyens de déménager à Berlin ou Munich où il fallait être pour faire une carrière.

Volker travaille dans le Rock'n Roll

Quand je suis devenu célibataire de nouveau à 35 ans, j’ai pris de nouveau des cours à l’École Internationale de Film à Cologne où j’ai trouvé un petit appartement à côté du Rhin. Je n’ai alors plus joué au théâtre mais souvent travaillé pour le business du Rock’n Roll avec des amis musiciens de Mannheim et Cologne. Je me suis parfois occupé d’eux en tournée, j’ai travaillé comme roadie ou back-liner pour les grands concerts, des festivals, aux studios, parfois pour monter ou démonter de grandes scènes. À ce moment-là, j’étais plus souvent back-stage, pas dans la lumière, mais je n’avais plus besoin d’aller à la gym. J’avais alors beaucoup des belles copines, mais jamais pour longtemps.

Quand j’ai vécu à Cologne de 2002 à 2006, peut-être la moitié j’ai travaillé comme acteur, le reste c’était les concerts et festivals. J’ai commencé à travailler pour des photographes de presse spécialisée sur la photographie sport-moteur (AMS). Je travaillais parfois en France, en Espagne, en Angleterre ou en Italie… pour différentes grandes marques. C’était intéressant car nous conduisions des voitures prototypes pas encore commercialisées. J’étais aussi modèle/assistant du photographe et traducteur. Même si ça rassemble à un travail de rêve pour beaucoup d’Allemands passionnés avec leurs bagnoles, je ne m’intéressais pas trop pour les voitures. Je conduisais très bien et avec précision et pouvais me concentrer sur l’essentiel et rester calme dans les situations sensibles. C’était peut-être mon avantage parce que c’était très sensible et normalement impossible de travailler pour différentes marques et différents photographes qui étaient en compétition pour ne pas dire en guerre. J’étais entre eux, mais c’était un travail avec un futur incertain, surtout parce que je n’avais pas de qualification si ce n’est d’être un comédien. Et on m’a pas payé assez bien faisant plusieurs travaux en même temps en étant toujours sur la route.

Alors j’ai commencé à apprendre le chinois, après une liaison courte avec une jeune étudiante chinoise. Presque tous les jours pour quelques heures, je regardais les caractères chinois et des différentes leçons dans plusieurs livres. J’ai vite appris autant de caractères que possibles. C’est facile avec la grammaire simple comparée avec le Français. J’ai ignoré d’apprendre les différents tons pour aller plus vite, et ça ne me posait pas de grands problèmes. Les mecs dans l’automobile ont commencé à se moquer de moi :

Parce que tu crois qu’on peut apprendre le chinois juste comme ça?

Volker parle couramment le chinois

Quelqu’un m’a expliqué qu’il valait mieux apprendre japonais… mais ça m’a motivé de suivre le plan et relancer ma carrière comme acteur en Chine. C’est pourquoi il fallait apprendre à lire le chinois… mais je n’en ai parlé à personne. C’était clair que mes employeurs doutaient mon équilibre mental mais j’en avais ras-le-bol de ce milieu et de certains d’entre eux. Je voyais une nouvelle chance se dessiner et je voulais m’en aller.

C’était moi avant d’aller en Chine.

Rédaction PFC: Où en es-tu actuellement de ta carrière et qu’entrevois-tu dans le futur?

Après une petite pub internet pour Coca-Cola light j’avais le fric pour payer mon premier voyage à Pékin en février 2006. Par coïncidence j’étais invité à l’ouverture d’un grand studio K-King (j’adore ce nom, même si le studio n’existe plus) et j’ai passé un été formidable. Je travaillais comme modèle, je vivais dans un bar reggae et je me suis débrouillé de mieux en mieux en chinois… J’ai commencé à travailler dans le studio K-King. J’étais employé comme assistant du directeur créatif, un photographe qui est encore un de mes meilleurs amis. J’assistais aussi différents autres photographes internationaux. En 2007 j’ai eu mon premier rôle pour une production télé. J’ai alors pu réaliser mon plan d’apprendre le chinois et j’ai continué successivement jusqu’à maintenant. Venir en Chine était la meilleure idée que j’avais eue dans ma vie jusqu’à présent, et je ne regrette pas un seul jour ici. Oui, c’est parfois extrêmement difficile et on a souvent de stress sans bonne raison mais je ne regrette rien.

Maintenant depuis deux années j’ai pris la décision de me reloger en Europe, de nouveau à cause du travail et la situation à laquelle j’ai dû faire face pendant les dernières années. Les problèmes d’irrégularités, des problèmes administratifs et de taxation, l’ennui de la censure ou encore ma santé. Je me suis tellement concentré sur mon travail que j’adore que je n’ai plus trop de vie privée dans les conditions de tournage en Chine. Les problèmes en coulisses sont encore deux ou trois fois plus fatigant lors des préparations pour les rôles qui étaient la plupart pour des séries avec beaucoup de lignes en chinois. Comme ça j’étais très bien payé en comparaison d’autres acteurs étrangers en Chine. Parmi eux, il y en a peut-être trente à cinquante qu’on peut considérer comme des vrais acteurs. Il y a aussi les artistes d’arts martiaux. Parmi eux il y a quelques Français qui sont aussi dans l’association PFC et on se connaît très bien et avons des bonnes relations amicales.

Volker entrepreneur en ChineJ’ai fait l’expérience d’ouvrir une entreprise en Chine en 2014 pour être officiellement payé et pour déclarer mes taxes dans une façon transparente. Cette démarche fut un labyrinthe bureaucratique parfois absurde dans lequel j’ai investi cinquante-mille euros. J’ai même été suspecté d’espionnage par un officiel allemand. Au final j’ai toujours été forcé de donner jusqu’à 30% de mes cachets bruts dans les mains sales de certains “agents” et directeurs de casting qui ne font rien que m’introduire (avec deux coups de téléphone) et qui n’aiment pas me donner une facture pour me ne pas avoir à déclarer de revenus taxables. Ce n’est pas encore apprécié en Chine que je paye mes taxes par des gens qui n’ont rien à faire avec les tournages dans les studios. On m’a accusé de violer les règles et même déclaré mort où seulement malade certaines fois pour éviter que des directeurs me choisisse. Si on veut rester blanc dans un environnement peu régulé avec beaucoup de « shades of gray » et des trous très noirs, c’est normal, ou disons humain. J’ai aussi profité de ces moyens quand j’ai commencé à travailler dans des productions chinoises, chacun pour soi-même, les arts c’est beau mais aussi extrêmement fatigant en arrière.

Rédaction PFC: Quel est ton meilleur souvenir de tournage

J’ai travaillé avec beaucoup d’acteurs formidables et bien connus en Chine, et je n’ai jamais été confronté à des attitudes de stars, au contraire!

Nous avons eu une joie de travail et eu des belles relations amicales dans une simplicité et une beauté dans les studios. Ça me donne les larmes aux yeux quand je pense comme ils et elles vont me manquer! Les stars chinoises ont une vie privée que je ne veux pas avoir, et ça va être plus dur dans le futur avec le gouvernement de plus en plus en contrôle des productions et avec les yeux sur la vie privée. La qualité visuelle s’est extrêmement améliorée avec les attentes du public, en particulier pour les réseaux sociaux et les nouvelles plateformes de distribution. Les petits écrans deviennent de plus en plus importants pour les séries, et les productions cinéma veulent être au niveau d’Hollywood mais elles sont réglementées de plus en plus fortement par la censure…

Dialogue avec un acteur chinois

Normalement on ne doit pas parler des situations embarrassantes en public. Ça casse la confiance entre les collègues alors qu’elle est importante. C’est comme dans le milieu de la photographie en Europe, les gens aiment faire la fête mais on ne veut pas retrouver des photos embarrassantes dans la presse ou les réseaux le lendemain. C’est pareil pour les festivals musicaux, les échanges privés restent privés. C’est connu que dans le milieu rock’n roll et la politique on aime les femmes, on s’amuse parfois derrière des portes fermées et des lumières rouges mais ça reste secret. C’est une chose simple de ne pas en parler publiquement sinon on risque de gros problèmes.

J’étais une fois dans une production télé (en 2009 je crois) et tout a très mal commencé. Deux départements (caméra/lumière et accessoires/décors) ont continué à travailler sans leurs patrons qui avaient ras-le-bol du manager de la production qui aimait l’alcool et la fête et ne tenait pas ses promesses financières. J’ai été occupé plus de quatre mois dans cette production pour la même somme qu’on m’avait promis pour un mois. Comme nous ne pouvions pas finir avant le festival de printemps (le nouvel an chinois) alors on a passé les vacances dans un grand hôtel sale, vide et froid comme un frigo. L’officiel politique a dit des jolis mots avant de sortir de l’hôtel quand deux cents travailleurs fatigués avaient déjà commencé à boire de l’alcool.

Volker et le chairman Mao Zedong

À ce moment, juste avant le banquet, la productrice voulait avoir des belles photos des acteurs principaux bien posés en ligne par le photographe. J’ai alors vu comment une petite bataille méchante s’est développée dans la grande salle. Les différents départements ont commencé à jeter tout ce qui leur tombait sous la main contre les autres départements. Malgré cela, le photographe continuait à faire ses photos tout en calme dans l’autre direction et moi je souriais avec les acteurs principaux pour une jolie photo de groupe en harmonie…

Je n’ai jamais vu une situation plus grotesque!

Rédaction PFC: Qu’est-ce qui t’a décidé à rejoindre l’association?

Je connais quelques membres de l’association depuis longtemps, mais nous avons vu le travail des autres. Je n’avais pas eu la chance d’avoir des scènes avec certains autres collègues français, mais quand Vincent ma demandé, j’étais tellement flatté et honoré que j’ai dit oui avant qu’il ait terminé sa question.

Je crois que mon retour en Europe, d’abord en Allemagne, est une nouvelle étape importante pour moi et je suis curieux et aussi un peu nerveux de savoir comment je vais m’adapter de nouveau. Je sais combien de gens sont frustrés en ce moment avec beaucoup d’affaires de ceux d’en haut ou de l’idée Européenne, mais il faut chercher des chances comme les Chinois le font tous les jours. Il ne faut pas toujours râler sur les problèmes petits et grands, et ne pas croire que la révolution ou le nationalisme nous vont faire du bon. Il faut souvent être créatif pour changer la vie.

Volker riche de ses expériences

Je suis riche maintenant (d’expériences et d’idées), il me manque juste un nouveau travail pour gagner un peu d’argent. Comme je recommence de nouveau, je veux continuer à travailler avec mes expériences humaines.

Rédaction PFC: Souhaites-tu ajouter quelque chose?

Quand mon grand-père travaillait dans les vignobles près de Libourne, il ne pouvait pas dire beaucoup des mots français, mais il était très créatif avec ses moyens pour s’exprimer.
Quand le panier sur son dos était plein de raisins, il fallait crier “panier plein” à quelqu’un qui venait pour aider à vider les raisins avant de continuer… Il a utilisé “panier plein” dans plusieurs situations avec des différentes expressions et questions. Quand il avait assez mangé, quand quelque chose est parfait, quand il avait ras-le-bol, pour les gros seins ou poitrines, quand quelque chose demande un changement… Il pouvait boire, fumer, chanter et rigoler en même temps. Il a laissé une belle impression personnelle dans ce village. Celle d’un allemand qui est un ami et pas un méchant. Quelques années après la guerre, après tout que les Allemands avaient fait pendant l’occupation, on lui a proposé d’être fermier dans un bel endroit, mais ma grand-mère a strictement refusé cette offre.

Moi, j’ai le « panier plein » en ce moment, il n’y a personne qui décide pour moi, je suis libre. Je n’ai encore aucune idée d’où je vais être dans quelques années, peut-être revenir en Chine…
J’espère pouvoir montrer à quelques collègues et amis chinois comme c’est beau l’Europe même dans les endroits pas touristiques. Leur montrer qu’on est tous des humains à peu près pareils, et que les différences culturelles et la vie essentielle sont belles. Si on peut oublier parfois nos problèmes créés souvent par ignorance et des arrogances nationalistes, les fiertés et attitudes dangereuses envers les choses ou des gens étranges. Les Chinois m’ont donné une expérience complètement opposée de la xénophobie qu’on trouve partout en Europe. Maintenant je suis gêné par tous les nationalistes, mais quand on perd la peur infantile envers les étrangers, quand on peut communiquer, on peut aussi parler des différences et des grands problèmes. C’est une chose importante, il faut continuer avec cette idée européenne et transculturel, ce n’est pas dur de se respecter, et comme ça les différences et toutes les frontières se laissent croiser aisément si on le veut.

Partageons nos expériences et civilisations

Rédaction PFC: Merci d’avoir répondu à cette interview et bienvenu chez les “Professionnels Francophones du Cinéma

Retrouvez Volker HELFRICH sur:

IMDB: https://www.imdb.com/name/nm0375072/

Xin Pian Chang: https://h5.xinpianchang.com/user/…

Interview réalisée par la rédaction par écrit en Mai 2020.


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