Vincent MATILE

Rédaction PFC: Bonjour Vincent, merci d’avoir rejoint l’association et de répondre à cette petite interview.

Bonjour à toutes et à tous, avec grand plaisir.

Rédaction PFC: Peux-tu te présenter en quelques lignes?

Je m’appelle Vincent MATILE, suis acteur franco-suisse et ai fêté mes 46 ans en mai dernier.
J’ai vécu les trente premières années de ma vie dans le quart sud-est de la France entre Digne-les-Bains, Marseille et Thonon-les-Bains. Je suis Infirmier Diplômé d’Etat français depuis 1997. J’ai exercé cette profession pendant quelques années à Marseille et Genève.

Norman Béthune chirurgien canadien

En 2001, j’ai orienté ma carrière dans le secteur de l’internet en travaillant dix ans dans une société Suisse de consulting. J’étais chargé à la fois de la supervision de toute la partie technique informatique et développement, des publications internet ainsi que de la relation client qui venait du monde entier. En 2006, je suis allé vivre à Paris tout en poursuivant la même activité. J’y ai rencontré ma femme qui est chinoise et depuis 2012 je partage mon temps entre la Chine et la France. En 2014 que j’ai été sollicité pour la première fois pour participer à une série télé historique. Je me suis retrouvé pour la première fois sur un plateau devant des caméras et ce fut le déclic. Depuis, j’ai eu la chance de jouer environ quatre vingt rôles dans des films et séries, dont une grosse douzaine de rôles substantiels.

Rédaction PFC: Où en es-tu actuellement de ta carrière et qu’entrevois-tu dans le futur?

Après avoir fait mes classes dans ce métier, toute proportion gardée naturellement car je me considère toujours comme un aspirant, j’essaye maintenant d’évoluer dans des rôles plus élaborés et performer dans des projets plus qualitatifs. L’expérience aidant, j’ai eu le privilège de participer à plus de films et d’être choisi pour des rôles plus importants depuis 2018 et j’y ai pris gout. Disons que maintenant, j’y regarde à deux fois avant d’accepter des rôles, choisi ceux pour lesquels j’ai le temps de me préparer et je prends beaucoup plus de plaisir lorsque je suis sur un plateau. J’ai moins de stress qu’à mes débuts et peut ainsi travailler à améliorer mon jeu d’acteur. J’adore ce métier car on apprend toujours quelque chose de nouveau, on se remet sans arrêt en question et les situations, contextes et personnes sont à chaque fois différents.

Scénariste acteur

J’aspire également à créer plus, j’ai produit l’été dernier mon premier court métrage et en prépare un deuxième pour 2020. Je me suis aussi mis à l’écriture d’un long-métrage ce qui est très excitant. Le chemin est encore long mais j’aime vraiment cela. Je n’ai pas de plan de carrière tout tracé et c’est aussi pour cela que j’adore ce métier d’acteur car on ne sait jamais de quoi demain sera fait. On peut tout aussi bien rester un mois sans tourner, ce qui permet de se consacrer à l’écriture et à la création personnelle, puis partir pour deux mois de tournage à l’autre bout du pays. J’aime l’imprévu, le changement, l’inconnu. J’aime les gens et ce pays dans lequel on a toujours des choses à découvrir.

Rédaction PFC: Quel est ton meilleur souvenir de tournage?

Si vous me le permettez, je ne parlerais pas d’un mais de trois souvenirs marquants.

Premier souvenir marquant, 上海堡垒

Le premier est lorsque j’ai tourné en septembre 2017, pour la première fois, dans une énorme production. Le film, qui a fait un gros bide au box-office, s’appelle “Shanghai Fortress”. C’était la première fois que je participais à une grosse production de type hollywoodienne. Equipes cosmopolites pléthoriques, matériel dernier cri en quantité, casting avec deux énormes stars locales, réalisateur de renom, DOP au top. Tous les ingrédients étaient réunis pour faire un blockbuster. J’étais très impressionné et nerveux car l’enjeu était important. J’incarnais comme bien souvent le rôle du grand patron. Dans un monde dévasté par les aliens où seul Shanghai était encore debout, je jouais le rôle du Chef de l’organisation internationale des autres pays (un genre de secrétaire général de l’ONU). Alors que nous répétions une scène, je devais me lever et murmurer quelques phrases non audibles (je me parlais à moi-même). Comme cela n’était pas explicitement indiqué dans le script, je dis ma réplique à haute voix et la scène se finissait. C’est alors que j’ai ressenti le plus grand moment de stress de mon expérience d’acteur. En effet, juste après le cut, la première assistante (une petite femme Hongkongaise très autoritaire et très compétente) me lâcha quelques phrases en anglais teinté d’un fort accent sud asiatique que je ne compris pas. Très ennuyé et voyant qu’elle n’avait pas compris que je n’avais pas compris ses instructions, elle commença à donner des ordres pour tourner la scène. C’est alors que j’ai pris mon courage à deux mains, que j’ai levé les bras et me suis adressé à elle en chinois pour lui dire que je n’avais pas compris ce qu’elle attendait de moi. Mon cœur battait la chamade et elle m’expliqua et m’explicita calmement ce qu’elle attendait de moi. Ayant compris tout de suite, nous avons pu continuer et tourner cette scène. Ce moment très fort reste inoubliable car j’en ai tiré une bonne leçon qui m’a donné beaucoup de confiance depuis. Ne jamais faire semblant de comprendre si vous ne comprenez pas. Plus un production est importante, plus on attendra de vous en tant qu’acteur d’être au plus proche de ce que veut le réalisateur. Si vous ne comprenez pas ce que l’on attend exactement de vous, demandez, ça ne mange pas de pain et c’est même une marque de professionnalisme. Savoir plutôt que douter évite les malentendus et les pertes de temps inutiles qui peuvent rendre toute un équipe nerveuse. Ceci est encore plus valable lorsque vous opérez dans un pays étranger et que toutes les instructions que vous recevez ne sont pas données dans votre langue maternelle.

Georges Bradley dans Shanghai Fortress

Hey Henry 怎么样

Le second souvenir de tournage très fort est d’un tout autre genre mais tout aussi marquant sur le plan affectif. J’incarnais cette fois dans une série historique le président américain Richard Nixon. Nous devions tourner 26 scènes dans le bureau ovale de la maison blanche en deux jours. La majorité de ces scènes étaient des conversations entre Henry Kissinger et le président Nixon. Sur la feuille de service j’étais dans toutes les scènes, pendant les deux jours. Ayant déjà plus d’expérience dans le métier, je n’appréhendais pas trop cette échéance d’autant que je m’y étais bien préparé. J’avais des tonnes et des tonnes de répliques que j’avais répété répété et répété encore. Pour l’anecdote, l’une de ces scènes se déroulait avec David Semery.

Vincent MATILE dans le rôle de Richard NIXON

Ces deux jours resteront marqués dans ma mémoire non seulement parce que je n’ai jamais tourné autant de scènes en si peu de temps mais aussi pour le plaisir ressenti lors de celle-ci. Comme un moteur de voiture diesel qui met un peu de temps à chauffer, les premières scènes permirent de régler la cadence et une fois chaud, c’était du velours. Tout s’est merveilleusement bien passé, j’ai relevé le challenge et ressenti profondément ce que signifiait incarner un personnage. J’avais passé tant de temps à préparer depuis des semaines que les répliques sortaient toutes seules, j’étais vraiment dans la peau du président et j’y ai pris beaucoup de plaisir et fut bien aidé en cela par mon ami Scotty Bob Cox qui me donnait la réplique.

Mes frères et mes soeurs Amen

Enfin, le troisième souvenir très marquant est récent, pendant l’été 2019. J’incarnais dans un film un prêtre. J’avais déjà tourné plus de 8 jours dans la peau de ce personnage et étais plutôt à l’aise avec celui-ci. Je connaissais bien les acteurs, l’équipe et ce jour-là nous tournions dans un studio en intérieur dans lequel une immense grotte avait été recréée. Dans ces scènes je débarquais les yeux bandés dans le repère des soldats de Mao Zedong qui étaient pourchassés par les soldats nationalistes de Chang Kaishek. L’atmosphère sur le plateau était extraordinaire, la lumière remarquable et l’ambiance détendue mais studieuse. Ce jour restera définitivement gravé dans ma mémoire car j’ai ressenti pour la première fois le concept de “la magie opère”. Oui, ce jour là et si paradoxal que cela puisse paraître après plusieurs centaines de jours de tournage à mon actif j’ai ressenti que la magie a opéré. Je flottais littéralement sur l’eau, j’étais devenu ce prêtre dans mon sang et dans ma chair, cette journée de tournage fut magique.

Vincent MATILE en prêtre

J’ai conscience de la surprise que peut susciter la lecture de ce troisième souvenir lectrices et lecteurs, en particulier chez les acteurs et actrices d’expérience. Sans doute vous demandez-vous mais pourquoi a-t-il fallu plusieurs années pour qu’il ressente cela alors qu’il a tourné tant de scènes? Hé bien je vous le concède, le déclic est sans doute tardif mais il est aussi à remettre dans le contexte de ce métier en Chine. Comme je le soulignais plus haut dans cette interview, et ce troisième souvenir y est sans doute pour beaucoup, je souhaite maintenant être plus sélectif dans les projets que j’accepte. En effet, beaucoup d’acteurs étrangers opérant dans l’empire du milieu vous le diront. Ici, la majorité des tournages sont bookés au dernier moment. Loin de moi l’idée de porter un jugement sur cela. C’est simplement factuel. En Chine on est souvent booké au dernier moment. On n’a pas vraiment le temps de réfléchir à son personnage, on n’a pas le temps d’apprendre ses textes correctement, on est rarement bien informé sur l’histoire que l’on tourne… Bref, on est mal préparé et les performances s’en ressentent. Cela ne vient pas des acteurs qui souhaitent naturellement faire au mieux, cela vient d’un système qui n’est pas parfait. Pour faire les choses bien, c’est bien connu, il faut bien les préparer et ces conditions sont rarement réunies. Comme je souhaite éprouver du plaisir en tournant et produire des performances de qualité, je n’accepte maintenant que des tournages pour lesquels je suis mis dans de bonnes conditions. Nous avons la chance d’exercer un métier passionnant et bénéficions de la liberté de choix, exerçons-la.

Rédaction PFC: Qu’est ce qui t’a décidé à rejoindre l’association?

Je suis membre fondateur de l’association. Lorsque Kris a eu l’idée de la créer, il s’est tourné vers Emilie, Shaune et moi-même pour ce faire. J’ai accepté d’en être le secrétaire. J’ai passé beaucoup de temps pendant l’été 2019 à rédiger les statuts, faire les démarches administratives, mettre en place ce site internet. J’ai aussi recruté la majorité des membres, pris mon bâton de pèlerin pour expliquer notre projet, traité les inscriptions, publié les interviews, mis en place les réseaux sociaux et groupes en ligne, inciter les membres à communiquer sur leurs projets… C’est un travail long et fastidieux mais il en vaut la peine. L’association des Professionnels Francophones du Cinéma est récente. Ce qui a été fait depuis juin 2019 n’est rien en comparaison de ce qu’il nous reste à faire. Comme je l’explique et le répète souvent à nos membres, ici pas de chefs, pas de directives. C’est une aventure commune à laquelle participe qui veut. Chacun apporte ses idées, ses talents, son expérience et l’énergie qu’il(elle) est prêt(e) à lui consacrer. L’avenir est devant nous et nous sommes déterminés.
Longue vie à l’association…

Rédaction PFC: Souhaites-tu ajouter quelque chose?

Si vous souhaitez nous rejoindre, c’est par ici que ça commence. 🙂

Rédaction PFC: Merci d’avoir répondu à cette interview.

这是应该的 😉

Retrouvez Vincent MATILE sur:

IMDB: https://www.imdb.com/name/nm8680851/

Interview réalisée par la rédaction par écrit le 10 février 2020.


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